Peu de choses sont connues à ce jour sur la préhistoire du Bhoutan. Cependant, des outils de pierre ou des mégalithes marquant des lieux de culte ou des territoires de chasse indiquent la présence de populations vivant dans ces régions à la fin du néolithique, vers 2000 avant notre ère. A ces autochtones de la période préhistorique, ce seraient mêlées au cours du premier millénaire avant J.-C. des tribus nomades d’origine indienne ou tibéto-mongole.
Le développement du bouddhisme
Il faut attendre le VIIe siècle pour trouver les premiers textes se rapportant au Bhoutan. Ils relatent la construction des temples de Kyichu dans la vallée de Paro et de Jampa Lhakhang dans celle de Bumthang par le roi tibétain Songtsen Gampo qui régna de 627 à 650. Par ce geste, le monarque contribuait ainsi à la diffusion du bouddhisme dans les “vallées du sud” où prévalaient à cette époque des religions animistes et chamaniques.
Mais c’est l’arrivée du grand maître indien Padmasambhava qui marque, au VIIIe siècle, le point de départ d’une véritable diffusion du bouddhisme en ces terres himalayennes. Connu sous le nom de Guru Rimpoche par les Bhoutanais et les Tibétains, Padmasambhava serait arrivé au Bhoutan en 747, invité dans ce pays pour guérir un roi qui se mourait. Il y médita, enseigna le bouddhisme et fit construire plusieurs temples. Les lieux qu’il visita restent toujours vénérés à ce jour. Par ailleurs, Padmasambhava dissimula en diverses régions des textes sacrés dont la nature profonde ne pouvait être comprise par les populations de l’époque. Des “découvreurs de trésors” appelés tertöns dans la langue du pays seraient amenés à les retrouver bien plus tard afin de compléter l’enseignement du maître et parachever son œuvre. Avec la visite de Padmasambhava, le bouddhisme commença à se substituer progressivement aux cultes locaux dont il intégrait parfois les croyances. Aux populations autochtones converties de la première heure, se mêlèrent, au IXe siècle, de nombreux seigneurs tibétains qui venaient se réfugier au Bhoutan. Fuyant le Tibet où le bouddhisme était persécuté sous le règne du roi Langdarma, ils s’installèrent dans l’est du pays et se rassemblèrent en petites principautés.
L’unification du pays
En 1616, pour une querelle de succession au trône de Ralung, le siège de l’ordre drukpa-kagyu au Tibet, Ngawang Namgyel dut s’enfuir au Bhoutan. Son arrivée allait marquer un profond changement dans l’histoire et les structures du pays. Ngawang Namgyel encore appelé Shabdrung, “Celui au pied duquel on se soumet”, imposa rapidement son autorité politique et religieuse à tout le Bhoutan occidental. En quelques années, il réussit à regrouper l’ensemble des principautés indépendantes et débuter un processus d’unification. Et à sa mort, en 1651, l’ordre était pratiquement rétabli dans la totalité du pays.
C’est sous son règne que furent construites les grandes forteresses, Simtokha, Punakha, Wangdiphodrang ou Tongsa... Tout en assurant la sécurité du territoire, elles servaient de relais du pouvoir central dans l’administration du pays. Repoussant de nombreuses invasions tibéto-mongoles, Ngawang Namgyel devint un homme craint et admiré aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières. Son grand sens de l’organisation lui permit aussi de mettre de l’ordre au sein des monastères et de créer une hiérarchie religieuse dominée par le Je Khempo. A la tête de l’administration civile, il nomma un régent, le Desi, chargé des pouvoirs temporels sur tout le pays. Ce double système de gouvernement connu sous le nom de chhoesi resta en vigueur au Bhoutan jusqu’à l’avènement de la monarchie héréditaire en 1907. A travers son action multiple au niveau administratif, législatif ou religieux, Ngawang Namgyel apparaît comme le principal architecte de l’édification du Bhoutan moderne.
L’avènement de la Monarchie.
A la fin du XIXe siècle, après des années de guerre avec les Anglais de l'Empire britannique des Indes, Ugyen Wangchuck devint le maître incontesté du pays. Il entreprit alors un long travail de renforcement du pouvoir central afin de retrouver l’unité que Ngawang Namgyel avait réalisée deux cent cinquante ans auparavant. Ralliant lentement à sa cause l’ensemble des seigneurs à travers le pays, il fut proclamé roi du Bhoutan le 17 décembre 1907 par une assemblée où figuraient les représentants du clergé, du conseil d’Etat et des gouverneurs locaux. Adoptant le titre de Druk Gyalpo, il mettait fin au système du chhoesi. La fonction de Desi disparaissait. Seul demeurait le poste de Je Khenpo comme chef spirituel du Bhoutan.
Mais une nouvelle ère commença véritablement avec l’avènement de Jigme Dorje Wangchuck, troisième monarque à régner sur le pays. Né en 1928, il fut couronné roi en 1952. Réformateur et homme de progrès, l’un de ses premiers gestes fut d’installer une assemblée nationale dès 1953. Connue sous le nom de Tshogdu, celle-ci rassemblait des représentants du peuple, de l’administration civile et du clergé. Peu à peu, de nouvelles structures virent le jour avec notamment la mise en place d’un Conseil Royal et d’un Conseil des Ministres. Séparant le pouvoir judiciaire de celui de l’exécutif, Jigme Dorje Wangchuck créa une Haute Cour de Justice et en profita pour abolir le servage.
Né en 1955, Sa Majesté Jigme Singye Wangchuck lui a succédé, devenant à l’époque le plus jeune monarque du monde. Couronné en 1974, il a poursuivi une politique de développement et de modernisation tout en veillant à la préservation des patrimoines tant naturel que culturel de son pays. A diverses reprises, il a affiché une volonté déterminée de donner toujours plus de responsabilités au peuple bhoutanais en créant des organes décisionnels élus au niveau des villages et des districts. Poursuivant cette démarche qui implique davantage le peuple, il publia en 1998 un décret royal donnant les pouvoirs à l’Assemblée Nationale de ratifier ou de refuser la nomination des Ministres qui étaient jusque là nommés à la seule discrétion du roi. Alors que le troisième monarque avait été le père du Bhoutan moderne, Jigme Singye Wangchuck semble appeler à devenir celui de la démocratie. Avec sagesse, il a préparé l’entrée du Bhoutan dans le XXIe siècle, réalisant un harmonieux compromis entre la fidélité à la tradition et le développement économique.
Le Bhoutan achève actuellement la rédaction d'une constitution parlementaire tout en installant lentement une système de multi partis.